Réalité (2015)

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Un chasseur-taxidermiste amateur, une psychologue interprète de rêve, un producteur anti-surfeurs, un présentateur TV hypocondriaque, un médecin plus que douteux, une petite fille obsédée par une VHS, un technicien vidéo traqueur du meilleur gémissement de l’histoire du cinéma, un directeur d’école à tendance travesti… Mélanger le tout et vous aurez le dernier film de Quentin Dupieux, Réalité.

Si Ionesco est le représentant du théâtre de l’absurde, le cinéma français a lui aussi trouver son maître en la personne de Dupieux. Réalité est le type de film que vous aurez du mal à raconter le lendemain au boulot sans perdre votre auditoire au bout de deux minutes. « Alors en fait c’est l’histoire d’un chasseur… non d’un sanglier… enfin d’une petite fille… qui a mangé une cassette… et qui est abattue… » « La petite fille?! » « Non le sanglier! » Vous l’aurez compris, mieux vaut ne pas chercher « le » fil conducteur du film, vous risqueriez de pousser les mêmes cris qu’Alain Chabat dans sa voiture, car Réalité se vit comme une expérience au cours de laquelle il faut accepter de se laisser porter.

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Le réalisateur se plait à développer des sujets loufoques tel que Rubber (2010), l’histoire d’un pneu serial killer et télépathe attiré par une jeune fille. Avec Réalité, Dupieux opère un tour de force narratif en surfant habilement entre rêve et réalité, et l’on ne compte plus le degré de mise en abyme du film dans le film. Si le récit reste hermétique et peu lisible pour le spectateur, il faut toutefois reconnaître la brillante capacité de Dupieux pour le faux raccord lui permettant de transporter instantanément ses personnages d’un environnement à un autre. Les séquences s’imbriquent subtilement en rebondissant à chaque fois sur un élément précédemment traité, et pas toujours celui auquel on peut s’attendre. La trame décousue du film et ses incohérences participent à l’humour noir et au ton acide qui se dégagent des situations, mais également à instaurer une tension omniprésente renforcée par le thème entêtant de Philipp Glass.

Le joyeux foutoir scénaristique est contrebalancé par des images soignées et un montage précis qui réussi à faire du spectateur un véritable personnage, et inversement. Etrangement, les tournages du réalisateur sont efficaces (une vingtaine de jours pour Réalité), et n’ont rien d’extravagant: « J’ai une approche hyper classique, voire chiante des films mais j’y accorde un soin qui permet de faire des trucs intéressants » confie Q. Dupieux dans une interview pour Canal+.

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On apprécie de retrouver Alain Chabat dans une prestation réussie en caméraman totalement paumé, ainsi que Jonathan Lambert en producteur tout bonnement insupportable, aux cotés d’une série d’acteurs interprétant tout aussi justement leurs personnages.

En signant cette nouvelle comédie franco-américaine sur le territoire outre-atlantique (aux environs de Los Angeles), Dupieux réaffirme une fois de plus avec son style si particulier, son intérêt pour la culture américaine des années 70.

A l’image de sa musique électronique et de ses compositions articulées autour du « grand n’importe quoi » (car en effet derrière le pseudonyme de Mr. Oizo c’est bel et bien Q. Dupieux qui se cache), Réalité nous propose une bonne dose de non-sens « loin des ficelles traditionnelles ».

I. I

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