Red Army (2015)

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Si la guerre froide est un sujet maintes fois réchauffé, le documentaire de Gabe Polsky offre une approche originale. Produit par le non moins réputé Werner Herzog (Grizzly Man 2005, La Grotte des rêves perdus 2010), Red Army relate l’histoire de l’équipe de hockey soviétique, surnommée « L’Armée Rouge », et maîtresse incontestée de sa discipline durant les années 1970-1980. Mais en brossant les portraits de ces athlètes emblématiques, c’est l’histoire même de l’URSS que nous livre le réalisateur.

La mise en scène est fidèle au modèle du documentaire américain, et les différents entretiens sont étayés par un grand nombre d’images d’archive récoltées en Russie, aux Etats-Unis et au Canada. C’est Slava Fetisov, personnalité charismatique et ex-capitaine de l’équipe nationale, qui constitue le pilier principal du récit. Lors des séances d’interview il n’hésite pas à narguer le réalisateur en lançant des piques à l’encontre du modèle américain, en ignorant certaines questions, ou bien en nous gratifiant d’un doigt d’honneur… Il accepte néanmoins de témoigner sur le parcours des joueurs depuis leur recrutement en lien avec l’armée, en passant par leurs entrainements auprès de Tarasov, entraineur atypique, leur imposant en plus d’exercices physiques drastiques, des séances de danse inspirées du Bolchoï et des parties d’échec, afin de stimuler leur créativité.

Avec leur vision unique du jeu, leur style tout en fluidité, leurs combinaisons laissant place à l’improvisation et leur esprit collectif, la Red Army se forge une réputation mondiale et enchaîne les victoires écrasantes contre les équipes les plus renommées de l’Ouest, ce que l’idéologie politique va s’empresser d’exploiter. Car au-delà du sport, « le hockey prouve la supériorité du système soviétique créé par Staline »: c’est la période glorieuse de la Red Army.

3Avec l’apparition du rideau de fer, les méthodes se radicalisent. L’arrivée d’un nouveau coach, Tikhonov, provoque la transformation de l’équipe en une véritable usine à champions. Les joueurs se doivent de fréquenter dix mois par an les camps d’entraînement, isolés de leurs familles. A l’image de la volonté d’émancipation de certains joueurs vis-à-vis du Kremlin, c’est la lente agonie de l’URSS qui est décrite. D’abord adulés comme héros nationaux, ils seront par la suite condamnés comme ennemi politique.
Suite à la libéralisation des années Gorbatchev, de nombreuses équipes nord-américaines décident de racheter des joueurs russes. Ceux-ci doivent faire face à l’exil et se heurtent à un jeu plus individualiste et agressif auquel ils peinent à s’adapter.

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Sans être moralisateur, Gabe Polsky nous fait également vivre une histoire d’amitié entre cinq athlètes embrigadés dès leur enfance, et dont le destin est intimement lié à l’histoire de leur pays. Il nous permet de découvrir ces sportifs marginaux, longtemps écrasé par l’autorité politique, usés par le temps, désabusés ou nostalgiques et parfois abîmés psychologiquement, comme l’attendrissant et introverti Krutov, mais assurément marqués pour le restant de leur vie par cette période.

Nul besoin de s’y connaître en hockey pour apprécier le documentaire d’un ancien joueur de l’université de Yale, et de constater que le sport est au coeur de l’histoire sociale, culturelle et politique du pays. Avec un sujet captivant, un montage dynamique sur fond de musique traditionnelle russe, et quelques passages en off apportant une touche de piquant, Red Army est un documentaire à ne pas rater, même s’il manque quelquefois de nuances dans le traitement.

I. I

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