Midnight Special (2016) – Le Jour et la Nuit

Midnight_Special_(film)_posterEn ce début de printemps, des petits bijoux viennent éclaircir ces jours encore sombres et chargés. Autant le dire de suite et d’emblée, Midnight Special fait partie des films immanquables de la belle saison.

Le nouveau film de Jeff Nichols (Take Shelter et Mud), fils prodigue du cinéma indépendant, qui avec virtuosité et entrain a su gravir les marches du succès en quelques années, vous surprendra encore par son approche morale et sa franche réussite.

Sans augure, le réalisateur américain revient tel un messie inespéré et donne un coup de sang neuf dans la longue et monotone liste des films de science-fiction.

Poussières et Éclats

A la table du messie on trouve une future étoile, Adam Stone  qui signe  une photographie splendide, mate et pulpeuse aux vacillements bleu et jaune , une image forte, marquée par l’inconnu, les ombres et les ténèbres comme refuge, une peur bleue des êtres d’un ailleurs…

Ce grand ami du réalisateur façonne une image iconique, d’une fraicheur revigorante, qui réveillera vos meilleurs souvenirs de cinéma et de science-fiction. La frénésie des eighties est enfin sortie de sa tombe et vient se glisser sous vos pupilles encore marquées par les dernières échappées cosmiques douteuses.

Une musique cosmique et d’impulsion signée David Wingo (Prince Of Texas, Maggie et Mud) chancèlera en vous comme un tourbillon suave d’émotion candide et de poussières d’étoiles irréelles.
Il n’en faudra pas plus que le mélange de cette symphonie et l’apparition du titre pour vous dresser les poils et vous élever avec la pellicule.

MIDNIGHT SPECIAL

Une Histoire de Famille

Un pas dans l’action, on commence d’entrée de jeu dans l’œil de judas d’une porte d’un motel, la télévision tourne en arrière-fond et évoque l’enlèvement d’un enfant par deux protagonistes.
Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Qui est cet enfant dont les chaines de télévision s’arrachent les informations ? Pourquoi tant des déploiements pour le retrouver ?

Alton, un jeune messie (lui aussi) est exploité par Le Ranch, sorte de secte occulte dont les messes sont basées sur les élocutions de l’enfant. Celui-ci est possédé par un mal venu d’ailleurs et a développé des pouvoirs mystiques qui se manifestent par des crises d’une forme inédite à la lumière du jour. Une date, une famille en crise, des routes longues et sinueuses, une enquête et des apparitions, une échappée jusqu’à un lieu perdu, au milieu de tout et au centre de rien…pour découvrir une vérité.

Une Force d’Ailleurs

Le casting est lui aussi admirable et pleins d’éclats. Encore une fois avec le réalisateur américain, on retrouve l’immanquable Michael Shannon en spectral père de famille, prêt à sacrifier n’importe quelle vie pour celle de son fils, joué par le très jeune et doué Jaeden Lieberher. Et à leurs côtés, on retrouve Joel Edgerton en flic repenti, Kristen Dunst en pâle et déboussolée mère de famille, et Adam Driver, acteur encore en pleine ascension, et pleins de surprise en agent du NSA curieux et dispatché.

En soit, loin du film qui nous épuise par son casting cinq étoiles et aussi motivé qu’un narcoleptique au petit matin, Midnight Special tire son épingle du jeu grâce sa troupe d’acteurs. Le cinéma indépendant donne fort à ces acteurs et, avec grand cœur, ils lui rendent bien sur cette pellicule.

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Dans le Bleu des Yeux

Le film vous prend dès les premières secondes dans une fuite en apnée, entre road trip et enquête gouvernementale. Pure course poursuite viscérale vers un autre monde ou la fin d’un autre. Destin d’un enfant  aux pouvoirs terrifiants.
Comme toujours, Jeff Nichols aux commandes du scénario, nous frappe par sa maîtrise des rapports humains, véritable éclat réaliste à l’écran.

Avec ce nouveau film, le réalisateur de l’Arkansas impose un style propre, indépendant  et construit, entre crise humaine et ontologique et véritable vertige de science-fiction, berçante, franche et salivante histoire du surnaturel.

S. Debève

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Retour sur le Festival 2 Valenciennes

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La semaine dernière se tenait le Festival 2 Valenciennes au cinéma Gaumont. L’occasion pour les curieux de venir découvrir de nombreux films et documentaires venus des quatre coins du monde, et de rencontrer leurs acteurs et réalisateurs.

Pour les éventuels retardataires, voici un petit récapitulatifs des films projetés en compétition documentaire et fiction, ainsi que le palmarès final.


Compétition Documentaire

Lundi soir, lors de la soirée d’ouverture étaient donc présentés les membres du Jury Documentaire, présidé par le grand Daniel Leconte. Pour juger les six documentaires en compétition, il était accompagné par Serge Avédikian, Stéphane Bentura, Francis Renaud, Frédéric Sojcher et enfin une invitée de dernière minute : Sofia Manousha.

Il était donc question ce soir là du film Ultimo Tango, de German Kral. Un documentaire qui retrace la vie tumultueuse du plus grand couple de Tango de tous les temps : Maria Nives Rego et Juan Carlos Copes. Le film nous embarque rapidement dans le Buenos Aires des années 50, à travers plusieurs témoignages, mais aussi par des scènes entièrement fictionnelles. Il nous montre l’influence qu’ont eu Juan et Maria sur cette danse envoutante, et inversement. Ce film dansant et poétique en a séduit plus d’un, et il a été justement récompensé par le prix étudiant.

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Ultimo Tango de German Kral

Mardi, le festival a réellement commencé avec la projection de trois films. À commencer par Free To Run de Pierre Morath, un documentaire sur l’émergence de la course à pied et ses influences dans diverses causes, notamment pour l’égalité des sexes. Le sujet, étonnant de prime abord, ne fini pas de nous surprendre jusqu’à la fin du film, tellement cette pratique d’abord marginale dans les années 50 a fini par devenir le sport le plus pratiqué au monde.

S’en est suivi No Land’s Song de Ayat Najafi, qui montre le combat de plusieurs femmes Iraniennes qui n’ont qu’une envie : pouvoir chanter devant un public. Cette envie qui peut paraître banale chez nous ne l’est malheureusement pas en Iran, où l’État décrète des principes plus discriminatoires et opprimants les uns que les autres. C’est avec émotion que le film a été reçu par la salle, et le réalisateur Iranien s’est vu repartir avec le Grand prix documentaire et le Prix de la critique mercredi. Belle récompense pour ce documentaire engagé et bien narré, qui a sûrement un bel avenir devant lui (le film est sorti le 16 Mars).

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No Land’s Song d’Ayat Najafi

Dernier film de la journée : Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich, un documentaire qui retrace l’aventure épique d’un film (Dune) qui ne s’est jamais fait. La faute à des producteurs Hollywoodiens un peu trop frileux et qui n’ont pas donné crédit à Jodorowsky. Il avait pourtant rassemblé autour de lui les plus grands : de Pink Floyd pour la musique à Dali et Orson Welles pour le casting en passant par Dan O’Bannon pour les effets spéciaux… Aujourd’hui il reste du film un storyboard et de nombreuses idées. Idées d’ailleurs reprises dans les plus grands films de science-fiction (Star Wars, Alien…), et qui ne cessent d’influencer encore aujourd’hui le cinéma.

Mercredi matin était projeté Il m’a appelée Malala, de Davis Guggenheim. Documentaire qui retrace le parcours extraordinaire de Malala Yousafzai, une jeune pakistanaise qui œuvre pour l’éducation dans son pays et qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2014. C’est en toute logique que le film s’est vu récompensé du Prix du public, tellement le combat de cette jeune femme est remarquable.

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Il m’a appelée Malala de Davis Guggenheim

Enfin pour conclure la compétition documentaire, Royal Orchestra, de Heddy Honigmann. Le film retrace le parcours du prestigieux Orchestre Royal d’Amsterdam, qui part en tournée à travers le monde pour célébrer son 125ème anniversaire. Il montre la difficulté que représente, pour les musiciens, un départ prolongé à l’étranger, bien que ce qu’ils reçoivent en retour n’a pas de prix.

Palmarès compétition documentaires

Grand Prix Documentaire : No Land's Song de Ayat Najafi
Prix de la critique : No Land's Song de Ayat Najafi
Prix des étudiants : Ultimo Tango de German Kral
Prix du public : Il m'a appelée Malala de Davis Guggenheim

Compétition Fiction

Après les documentaires, venait la fiction. Et bien que la forme puisse différer, le fond est parfois semblable, et les messages portés tout aussi efficaces. La programmation extrêmement riche et variée en a su proposer quelque chose d’attractif et de méconnu, ce qui n’était pas pour déplaire aux nombreux spectateurs venus assister aux projections.

Qui dit nouvelle compétition dit nouveau Jury. Il était cette fois-ci présidé par l’immense Jean-Pierre Mocky, et accompagné par Frédérique Bel, Cécile Bois, Patrick Braoudé, Antoine Chappey, Frédéric Chau, Grégoire Hetzel, Anamaria Marinca, Brigitte Roüan, et enfin Cécile Telerman.

Tout pour être heureux de Cyril Gelblat était le premier film à être présenté. Non seulement en avant-première mais aussi en présence des acteurs et actrices Manu Payet, Audrey Lamy et Aure Atika. Le film raconte l’histoire d’un père qui aux yeux de sa femme ne l’est justement pas assez. Il faudra un divorce pour qu’il arrive à apprécier pleinement ses deux filles et qu’il devienne un « vrai » père. Ce premier film, que nous qualifierons de « gentil » n’a pas soulevé la foule, mais le public a apprécié la présence des acteurs et du réalisateur, auxquels ils ont pu poser quelques questions à la fin du film.

Le jeudi, on a pu voir Colonia de Florian Gallenberger qui raconte l’histoire méconnue d’un camp sectaire au Chili où était envoyés certains prisonniers après la révolution. Avec un excellent casting (Emma Watson, Daniel Brühl), des scènes extrêmement dérangeantes (en sachant que c’est une histoire vraie), une mise-en-scène soignée, Colonia est parvenu à séduire la salle qui lui a attribué le Prix du public.

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Colonia de Florian Gallenberger

Venait ensuite L’Avenir, de Mia Hansen-Løve. Un film ultra-réaliste qui nous emmène dans le quotidien de Nathalie (jouée par l’excellente Isabelle Huppert), une professeur de philosophie qui va voir son quotidien bousculé par divers soucis familiaux et professionnels. Loin du sensationnel Hollywoodien et parfaitement juste, le film a reçu de manière légitime le Prix de la critique. (C’est aussi mon coup de cœur du festival).

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L’Avenir de Mia Hansen-Love

Ensuite était présenté La Saison des femmes, en présence de la réalisatrice Leena Yadav, venue spécialement de Bombay. Le film narre l’histoire touchante et à la fois effrayante du quotidien de trois femmes dans un village Indien. Elle subissent constamment l’oppression de leurs maris, mais petit à petit, elles vont tenter de faire bouger les choses… Avec une mise en scène originale et un montage parfaitement rythmé, c’est avec toute logique que Leena Yadav, émue, s’est vue remettre le Prix du jury ainsi que le Prix d’interprétation féminines pour ses trois actrices principales.

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La Saison des femmes de Leena Yadav

Le vendredi, Chala, une enfance cubaine de Ernesto Daranas fut projeté. Le film raconte le parcours de Chala, un jeune cubain qui doit s’occuper de sa mère alcoolique en lui ramenant de l’argent, souvent gagné de façon illégale. Son institutrice, Carmela, va tout faire pour le faire revenir dans le droit chemin et tenter de le sortir de la misère. Ce film émouvant et très bien interprété se voit remettre le Grand Prix de Fiction, ainsi que le Prix d’interprétation masculine pour Armando Valdés Freire, qui tient le rôle principal et dont c’était le premier film. Tout simplement bluffant pour un si jeune acteur.

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Toujours à l’international, un film cette fois-ci Dannois était présenté vendredi. Il s’agissait de A War de Tobias Lindholm. Le film suit le parcours d’un sergent de l’armée Danoise sur le terrain, et par la suite lors de son retour au pays. Lindholm parvient très justement à présenter les conséquences de la guerre sur le terrain (en Afghanistan), mais aussi à la maison (donc au Danemark) où sa famille souffre du manque et du doute. Le réalisme poignant de ce film nous a changé des habituelles propagandes Américaines dans les films du genre (American Sniper pour ne citer que lui).

Retour en France avec le film Quand on a 17 ans, d’André Téchiné, avec Sandrine Kiberlain. Le film raconte la rivalité entre deux adolescents, qui sans raison apparente, ne peuvent s’empêcher de se battre. Le film tentera par la suite de montrer à travers une histoire quelque peu maladroite que la violence n’est pas toujours synonyme de haine. Les avis étaient partagés à la sortie de la salle, mais cela n’a pas empêché Corentin Fila de recevoir le Prix d’interprétation masculine pour son rôle de Tom.

Samedi, dernier jour du festival, était projeté Dégradé d’Arab et Tarzan Nasser. Un huis clos palestinien entre treize femmes coincées dans un petit salon de coiffure. Le film tire sa force des dialogues, de ses personnages, et enfin de sa mise-en-scène particulièrement intéressante, ce qui lui a permis de recevoir le Prix des étudiants.

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Dégradé d’Arab et Tarzan Nasser

Enfin pour finir venait le dernier film, très attendu, de Jean-Marc Vallée, Démolition. Trois ans après Dallas Buyers Club, Le réalisateur Canadien nous démontre encore une fois son talent dans un film libérateur, avec un Jake Gyllenhaal des grands jours. Son personnage, Davis, ne comprend pas le manque d’émotion qu’il ressent à la mort tragique de sa femme. Il va donc tenter de tout déconstruire, pour tout reconstruire… Un scénario excellent pour un film excellent, que demander de plus pour clôturer ce festival ?

Palmarès compétition fictions

Grand Prix Fiction : Chala, une enfance cubaine de Ernesto Daranas
Prix d'interprétation masculine :Corentin Fila (Quand on a 17 ans)
et Armando Valdés Freire (Chala, une enfance cubaine)
Prix d'interprétation féminine : Les 3 actrices de La Saison des femmes
Prix du Jury : La Saison des femmes de Leena Yada
Prix de la critique : L'Avenir de Mia Hansen-Løve
Prix des étudiants : Dégradé d’Arab et Tarzan Nasser
Prix du public : Colonia de Florian Gallenberger

G.Tardif

The Revenant (2016) – Au prix du sang, au cœur du froid et au nom de la vengeance

Après avoir affiche the revenantconquis un large public de cinéphiles, et remporté quatre statuettes, avec Birdman, une profonde et dantesque mise-en-abyme sur un acteur de superproduction repenti au théâtre de Broadway, sorti il y a tout juste un an, Alejandro González Iñárritu (Babel, 21 Grammes) nous offre un nouvel édifice à son œuvre.

Le grand dompteur des derniers oscars est de retour, avec le très attendu et médiatisé long métrage The Revenant, adapté du roman éponyme de Michael Punke. Le film a déjà remporté plusieurs prix, dont récemment le prix du meilleur réalisateur, de la meilleure photographie, ainsi que du meilleur acteur pour Leonardo DiCaprio.

Au cœur la maîtrise

Une fois de plus le réalisateur mexicain s’entoure d’Emmanuel Lubezki (Gravity, Burn After Reading, Tree Of Life) directeur de la photographie inclassable, immense phénix de l’image et maître technique, homme d’exception et films d’exception tout simplement. Avec The Revenant il s’attaque, caméscope à la main, au vent glacial, s’enfouit dans la neige sans trembler, aborde les rivières puissantes de Yellowstone avec sa caméra comme radeau. Le chef opérateur nous épate et séduit encore, et c’est sans difficulté qu’il compose avec une lumière et un éclairage essentiellement naturel. Il nous délivre avec grandeur et maîtrise une image riche et vive, d’un ressentit saisissant et sans aucun pareil dans le 7eme art. Lubeski ne filme pas, il règne et pilote, nous fait ressentir, gouter, respirer, souffrir, c’est son art.

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Dernier gros point du long métrage, et loin d’être des moindres c’est  son casting cinq étoiles : Leonardo Dicaprio  et Tom Hardy. Les deux interprètes se disputent le bout de viande et autant vous prévenir les deux barbus sont affamés… prêts à se dévorer !

Une vengeance

L’histoire est très simple et c’est tout à l’honneur du film. L’ensemble est un récit graphique, d’ambiance et d’interprétation, une histoire qui danse et rampe sur les codes du western et du survival movie. Mais c’est aussi une allégorie de la vengeance absolue, celle d’une légende, celle d’un survivant et d’un formidable récit de poursuite que vous ne lâcherez que par la dyspnée provoquée par sa gravité et sa maîtrise ravageuse.

Hugh Glass, trappeur américain, est abandonné, et laissé pour mort, après une lutte violente avec un féroce grizzly. Loin de vouloir finir six pieds sous terre, il sort de sa tombe de glace ravivée par la soif de vengeance. Glass traversera les milieux les plus hostiles de l’Amérique, rampera de son corps meurtri dans la chair morte et le sang, galopera dans les tempêtes glaciales et les déserts de neige sous le rythme des percutions indiennes, sous d’éprouvantes épreuves physiques et morales, afin de châtier le meurtrier de son fils.

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Une poursuite viscérale et surhumaine

Depuis la première bande annonce jusqu’aux derrières images de sapins enneigés, dans la salle obscure, nos poils se sont hérissés, notre corps s’est gelé de la tête au pieds, notre souffle à suivi celui de Léo qui rampe et mange la terre à pleine bouchée, et notre cœur a battu plein rythme à l’apparition des griffes et des crocs qui s’abattent sur votre chouchou des oscars et enfin récompensé pour sa prestation ébouriffante. Ici, c’est avec ovation que nous lui décernons spirituellement notre statuette et elle en vaut bien d’autres.

Une transe

C’est ainsi que ce film se vie et se vit, par le corps, par les tremblements de vos bras et de vos mains à chaque sons et impulsions, par vos démangeaison infatigables au fond de votre siège, par votre souffle retenu , par un corps qui souffre, qui se brise, qui pourri, qui se guéri et qui s’infortune de malheur, par votre tête qui virevolte et palpite dans l’assaut de flèches et de coups de feu, par votre affliction pour un condamné , par un surhomme en lutte, de votre profonde et viscérale tension, votre envie d’agir dans cette dispute qui vous épingle, comme une envie de vengeance.

S. Debève

Point Break (2016) – Ne pas toujours se méfier des apparences

point-break-posterIl est des films qui avant même qu’ils ne soient à l’écran nous donnent envie de les dévorer, il y a des films qui nous laissent passablement indifférents, et enfin il y a les autres. Point Break version 2016 fait partie de la triste catégorie qui nous fait craindre la séance de cinéma, qui nous fait redouter le pire. Mais d’où viennent donc ces pré-conditionnement cinématographiques ? Est-ce parce que The Revenant a bénéficié d’une publicité plus glorieuse et plus importante que Point Break qu’il serai forcément meilleur ? L’avis que nous nous faisons d’un film est-elle déjà préconçue avant même le visionnage de celui-ci ? Ce serait inadmissible ! Alors non ! Nous ne laisserons pas les préjugés détruire notre liberté critique et nous allons traiter ce film ici, en faisant abstraction de tout ce qui l’entoure en bien, et surtout en mal.

Point Break donc, un film de Ericson Core, ancien directeur de la photographie, qui réalise ici seulement son second long-métrage, après Invincible en 2006. Il s’agit du remake de l’original Point Break sorti en 1991 et réalisé par Kathryn Bigelow (Démineurs, Zero Dark Thirty).

Le film raconte l’histoire de Johnny Utah (Luke Bracey), une ancienne légende du moto-cross depuis reconverti en agent du FBI. Il va devoir infiltrer un groupe de sportifs extrêmes, soupçonnés d’être à l’origine de nombreux braquages spectaculaires. Très vite, Utah va se retrouver entrainé dans des défis insensés et commencer à cerner le personnage qu’il va devoir arrêter : le mystérieux Bodhi.

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Si l’idée du film correspond dans l’esprit à celle du film original, dans la forme il n’en est rien. Le film est clairement orienté vers la nouvelle génération: les personnages sont jeunes, ont a le droit à des ralentis sur des femmes se dandinant à moitié nues, et surtout, l’utilisation  bien trop exagérée du montage rapide pour les séquences de sports extrêmes. L’inconvénient étant que la moitié du film ne se compose que de ce genre de scènes, le mal de crâne est donc malheureusement inévitable, les plans s’enchaînant si rapidement et les cadrages étant si peu précis que l’impression de se trouver devant une vidéo amateur n’est presque plus une impression.

Tout cette bouillie censée ravir la belle jeunesse est entremêlé de moments plus posés, qui voudraient nous faire croire qu’on assiste à une véritable enquête digne des romans de Michael Connelly, or il n’en est rien. L’intrigue est extrêmement floue durant la totalité du film, et l’histoire semble avancer à la vitesse d’une tortue asthmatique. Lorsque enfin tous les tenants et aboutissants nous parviennent, la déception nous fait envier avec une terrible impatience le générique final.

Le scénario de mauvaise facture entraîne de facto avec lui les acteurs qui, entre deux répliques aussi profondes qu’un spectacle de Kev Adams, nous livrent un jeu forcé qui atteint plus souvent le ridicule qu’il ne le frôle. Ajoutons à cela (et promis après on passe au point positif) des personnages secondaires totalement clichés dans leurs rôles respectifs (le méchant a une grosse barbe et des cicatrices et la gentille est pour la paix dans le monde) et nous ne sommes plus très loin du fond.

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On peut tout de même souligner le travail intéressant réalisé sur la photographie, seul véritable point fort du film. Cela étant favorisé par les différents lieux dans lesquels se déroulent l’histoire, des plages de Biarritz jusqu’aux montagnes d’Amériques du Sud,  nous les dévoilant sous des angles non-inintéressants.

Finalement, on pourra longtemps se questionner sur l’utilité d’un remake du film Point Break, si ce n’est de rajeunir son public, en réalisant un film plus proche d’un assemblage de vidéos Youtube que d’un véritable récit cinématographique. Mais bon, il parait que la mode est aux suites et aux remake chez Hollywood, donc passons.

Soulignons enfin ce brave spectateur qui, à la fin de la projection du film, s’est soudainement levé et a balancé d’un ton poétique « c’était à chier ! », avant de sortir grognon de la salle, sûrement mécontent d’avoir dû payer l’équivalent de deux kébabs sauce blanche pour voir ce qu’il venait de voir. Ce spectateur, génie de la critique cinématographique,  a certes tenu là une analyse brève et concise, mais on ne le niera pas, parfaitement juste.

G. Tardif