Le dernier coup de marteau (2015)

050571Après son premier film Angèle et Tony (2010) acclamé par la critique, Alix Delporte revient cinq ans plus tard avec Le dernier coup de marteau (2015) et confirme sa place dans le milieu cinématographique hexagonal.

Victor 13 ans, bientôt 14, vit avec sa mère gravement malade dans une caravane au bord de la mer. Son père, chef d’orchestre de renom et qui ignore son existence, revient à l’opéra de Montpellier pour diriger la 6ème symphonie de Gustav Malher.

L’adolescent se confronte alors aux problématiques du monde adulte, entre argent, maladie, recherche d’identité, affirmation de soi, et avenir dans le milieu footballistique. Si l’opposition entre foot et musique classique, crampons et violons, parait à première vue grossière, c’est avec une extrême délicatesse et une certaine pudeur qu’Alix Delporte traite le sujet. En distribuant avec parcimonie des dialogues qui font souvent mouche et une direction d’acteur irréprochable, la réalisatrice évite habilement tout misérabilisme.

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Son personnage principal, tout en introversion, mène une construction interne et des réflexions silencieuses que l’on peut deviner au travers de son regard implacable. Semblable au Victor de L’Enfant sauvage (1970) de Truffaut, l’adolescent doit comprendre les codes et les enjeux du nouveau monde qui l’entoure.
La musique de Gustav Malher aurait pu être un piège supplémentaire, faisant basculer le film dans le larmoyant, mais tout est question de dosage et A. Delporte l’a bien compris.

Ce film français au fragile équilibre traite donc de manière sophistiqué le parcours initiatique d’un adolescent et donne du baume au coeur le temps d’une musique de Malher.

I.I

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Nostalgie de la lumière (2010)

Nostalgie de la lumière (Nostalgia de la Luz) est un documentaire du cinéaste chilien et exilé politique, Patricio Guzman. Notamment connu pour ses documentaires sur l’histoire du Chili: La Bataille du Chili (1974), Cas Pinochet (2001), Allende (2004), P. Guzman nous fait cette fois-ci partager sa passion en articulant sa réflexion autour de l’astronomie.

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C’est au Chili, dans le désert d’Atacama, lieu exceptionnel d’observation grâce à la limpidité du ciel et à la faible pollution lumineuse, que le réalisateur nous entraîne dans un véritable voyage dans le temps. Depuis les observatoires, les astronomes étudient le passé à travers les lentilles de leurs télescopes, et nous rappellent à quel point la notion de présent est une notion fragile. La sécheresse extrême du lieu attire également les archéologues à la recherche des traces d’une activité précolombienne. Le documentaire soulève alors l’intéressant paradoxe qui réside dans cette volonté scientifique de connaître, d’expliquer le passé, de comprendre les origines du monde, dans un pays où la dictature de Pinochet a mis le plus proche passé entre parenthèses: il n’y a presque aucune trace de l’histoire du Chili au 19è siècle, et nombreux sont les secrets gardés par l’Etat.

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C’est donc tout naturellement que Guzman dévie vers un thème cher à son travail, le thème de la mémoire. La mémoire dans son aspect collectif ou individuel, la mémoire contre l’oubli, la mémoire politique illustrée par ses femmes munies de pelles recherchant dans le sol du désert les dépouilles de leurs proches, prisonniers politiques tués sous le régime de Pinochet. Pour la conscience collective, la démarche de ces femmes à la recherche de corps humains n’a pas la même légitimité que celle des astronomes à la recherche de corps célestes. C’est l’opposition entre la quête personnelle et la quête universelle qui est ici mise en lumière.

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Par ces rapprochements étonnants mais non moins justes, Guzman livre avec Nostalgie de la lumière un documentaire d’une grande richesse philosophique. Les magnifiques images de ciel, galaxies et constellations de l’astrophotographe Sthépane Guisard participent à l’aspect contemplatif et aident à l’immersion dans ce récit quasi poétique. Le soin apporté à la composition des images et la narration assumée par une voix-off espagnole (celle du réalisateur) empreinte de calme, propulsent loin du documentaire hebdomadaire d’Arte.

Un film à contempler, comme on contemplerait un ciel étoilé, et qui nous fait comprendre pourquoi « la science s’est éprise du ciel du Chili ».

I.I

American Sniper (2015)

A peine 6 mois après la sortie de son dernier film, Jerseys Boys, un film retraçant l’histoire du groupe de musique The Four Seasons, Clint Eastwood nous offre un autre biopic d’un registre très différent. American Sniper est un film de guerre, adaptation de la biographie de Chris Kyle, tireur d’élite américain, surnommé Le Diable de Ramadi, en raison du nombre impressionnant de victime à son actif, 160 durant la guerre d’Irak.

570218 Le film retrace la vie de La Légende, de son enfance marquée par ses parties de chasse avec son père, durant lesquelles il découvrit son talent de tireur, à son retour de la guerre d’Irak et à sa réadaptation au monde normal. Une vie notamment marquée par les attentats du 11 septembre qui l’encourageront à s’engager dans l’armée et à combattre en Irak, ou par les problèmes psychologiques liés au nombre de morts qu’il porte sur sa conscience.

Un semi-biopic néanmoins, car la jeunesse d’El Shaitan (Le Diable) et sa vie avant son engagement au sein des SEALS ne concernent qu’une dizaine de minutes, le film étant plus concentré sur son parcours en Irak. Ce ne serait d’ailleurs pas un affront de considérer American Sniper comme un récit de la Guerre d’Irak plutôt qu’une biographie.

Honnêtement, on a l’impression que tout est raconté pour justifier le comportement et les actions du personnage principal. Cela ressemble plus à un film de propagande pour la guerre au Moyen-Orient qu’un simple biopic. Assez surprenant de la part d’Eastwood qui, bien que membre du Parti Républicain, s’est ouvertement opposé à la Guerre en Irak au début du siècle. En fait, on a l’impression que cette propagande n’est pas volontaire de sa part. C’est de manière relativement maladroite que le réalisateur tente de décrire cette guerre sans enjeux valables comme l’ont fait de parfaite manière en leur temps Dalton Trumbo (Johnny s’en va-t-en guerre) ou Francis Ford Coppola (Apocalypse Now) pour ne citer qu’eux.

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Le réalisateur ne conteste d’ailleurs pas les faits et les atrocités commis durant ce conflit, comme les assassinats d’enfants et de femmes, mais il cherche plutôt à les analyser avec le point de vue de Chris Kyle, avec ses impressions, son ressenti, pour que l’on comprenne son obsession, son envie d’y retourner et de finir ce qu’il a commencé, un peu comme Martin Sheen dans le film de Coppola.

Un Chris Kyle interprété par un Bradley Cooper difficile à juger dans sa version française, mais qui semble plutôt bien interprété son rôle de dur à cuire plein de testostérones. Un tout plein de muscle représentatif des USA, ces gendarmes du monde, ceux que l’on peut bousculer et inquiéter sans pour autant les vaincre. Un héros cliché pour lequel le pays passe avant tout autre chose, que ce soit sa femme, ses enfants, voire même sa propre vie.

imagesLe film est donc construit autour de ce personnage mais souffre d’une linéarité plus qu’évidente qui le rend inutilement long. Globalement, on enchaine les passages de combat et ceux où Chris retrouve sa famille entre deux affrontements avec à chaque fois le même schéma scénaristique. On reprochera également au réalisateur de ne pas assez se concentrer sur les états d’âmes de La Légende, et d’enchaîner les combats qui se suivent et se ressemblent.

imagesBBDes scènes d’affrontement pas toujours bien réalisées par ailleurs, mixant faux raccords flagrants et effets spéciaux parfois à la limite. A se demander si American Sniper est réellement une superproduction américaine. Une idée confortée lorsque l’on voit les bébés en plastique dans des scènes déjà disponibles sur internet et qui ont fait le buzz sur les réseaux sociaux.

Avec American Sniper, Clint Eastwood n’arrive pas à atteindre le niveau d’un Gran Torino, à cause d’une mise en scène plus que maladroite et parfois clichée. Un bon film de propagande américaine qui vous donnerait presque envie de rejoindre la Marine américaine, …, ou de vous tirer une balle dans la tête.

A.

Red Army (2015)

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Si la guerre froide est un sujet maintes fois réchauffé, le documentaire de Gabe Polsky offre une approche originale. Produit par le non moins réputé Werner Herzog (Grizzly Man 2005, La Grotte des rêves perdus 2010), Red Army relate l’histoire de l’équipe de hockey soviétique, surnommée « L’Armée Rouge », et maîtresse incontestée de sa discipline durant les années 1970-1980. Mais en brossant les portraits de ces athlètes emblématiques, c’est l’histoire même de l’URSS que nous livre le réalisateur.

La mise en scène est fidèle au modèle du documentaire américain, et les différents entretiens sont étayés par un grand nombre d’images d’archive récoltées en Russie, aux Etats-Unis et au Canada. C’est Slava Fetisov, personnalité charismatique et ex-capitaine de l’équipe nationale, qui constitue le pilier principal du récit. Lors des séances d’interview il n’hésite pas à narguer le réalisateur en lançant des piques à l’encontre du modèle américain, en ignorant certaines questions, ou bien en nous gratifiant d’un doigt d’honneur… Il accepte néanmoins de témoigner sur le parcours des joueurs depuis leur recrutement en lien avec l’armée, en passant par leurs entrainements auprès de Tarasov, entraineur atypique, leur imposant en plus d’exercices physiques drastiques, des séances de danse inspirées du Bolchoï et des parties d’échec, afin de stimuler leur créativité.

Avec leur vision unique du jeu, leur style tout en fluidité, leurs combinaisons laissant place à l’improvisation et leur esprit collectif, la Red Army se forge une réputation mondiale et enchaîne les victoires écrasantes contre les équipes les plus renommées de l’Ouest, ce que l’idéologie politique va s’empresser d’exploiter. Car au-delà du sport, « le hockey prouve la supériorité du système soviétique créé par Staline »: c’est la période glorieuse de la Red Army.

3Avec l’apparition du rideau de fer, les méthodes se radicalisent. L’arrivée d’un nouveau coach, Tikhonov, provoque la transformation de l’équipe en une véritable usine à champions. Les joueurs se doivent de fréquenter dix mois par an les camps d’entraînement, isolés de leurs familles. A l’image de la volonté d’émancipation de certains joueurs vis-à-vis du Kremlin, c’est la lente agonie de l’URSS qui est décrite. D’abord adulés comme héros nationaux, ils seront par la suite condamnés comme ennemi politique.
Suite à la libéralisation des années Gorbatchev, de nombreuses équipes nord-américaines décident de racheter des joueurs russes. Ceux-ci doivent faire face à l’exil et se heurtent à un jeu plus individualiste et agressif auquel ils peinent à s’adapter.

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Sans être moralisateur, Gabe Polsky nous fait également vivre une histoire d’amitié entre cinq athlètes embrigadés dès leur enfance, et dont le destin est intimement lié à l’histoire de leur pays. Il nous permet de découvrir ces sportifs marginaux, longtemps écrasé par l’autorité politique, usés par le temps, désabusés ou nostalgiques et parfois abîmés psychologiquement, comme l’attendrissant et introverti Krutov, mais assurément marqués pour le restant de leur vie par cette période.

Nul besoin de s’y connaître en hockey pour apprécier le documentaire d’un ancien joueur de l’université de Yale, et de constater que le sport est au coeur de l’histoire sociale, culturelle et politique du pays. Avec un sujet captivant, un montage dynamique sur fond de musique traditionnelle russe, et quelques passages en off apportant une touche de piquant, Red Army est un documentaire à ne pas rater, même s’il manque quelquefois de nuances dans le traitement.

I. I

Réalité (2015)

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Un chasseur-taxidermiste amateur, une psychologue interprète de rêve, un producteur anti-surfeurs, un présentateur TV hypocondriaque, un médecin plus que douteux, une petite fille obsédée par une VHS, un technicien vidéo traqueur du meilleur gémissement de l’histoire du cinéma, un directeur d’école à tendance travesti… Mélanger le tout et vous aurez le dernier film de Quentin Dupieux, Réalité.

Si Ionesco est le représentant du théâtre de l’absurde, le cinéma français a lui aussi trouver son maître en la personne de Dupieux. Réalité est le type de film que vous aurez du mal à raconter le lendemain au boulot sans perdre votre auditoire au bout de deux minutes. « Alors en fait c’est l’histoire d’un chasseur… non d’un sanglier… enfin d’une petite fille… qui a mangé une cassette… et qui est abattue… » « La petite fille?! » « Non le sanglier! » Vous l’aurez compris, mieux vaut ne pas chercher « le » fil conducteur du film, vous risqueriez de pousser les mêmes cris qu’Alain Chabat dans sa voiture, car Réalité se vit comme une expérience au cours de laquelle il faut accepter de se laisser porter.

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Le réalisateur se plait à développer des sujets loufoques tel que Rubber (2010), l’histoire d’un pneu serial killer et télépathe attiré par une jeune fille. Avec Réalité, Dupieux opère un tour de force narratif en surfant habilement entre rêve et réalité, et l’on ne compte plus le degré de mise en abyme du film dans le film. Si le récit reste hermétique et peu lisible pour le spectateur, il faut toutefois reconnaître la brillante capacité de Dupieux pour le faux raccord lui permettant de transporter instantanément ses personnages d’un environnement à un autre. Les séquences s’imbriquent subtilement en rebondissant à chaque fois sur un élément précédemment traité, et pas toujours celui auquel on peut s’attendre. La trame décousue du film et ses incohérences participent à l’humour noir et au ton acide qui se dégagent des situations, mais également à instaurer une tension omniprésente renforcée par le thème entêtant de Philipp Glass.

Le joyeux foutoir scénaristique est contrebalancé par des images soignées et un montage précis qui réussi à faire du spectateur un véritable personnage, et inversement. Etrangement, les tournages du réalisateur sont efficaces (une vingtaine de jours pour Réalité), et n’ont rien d’extravagant: « J’ai une approche hyper classique, voire chiante des films mais j’y accorde un soin qui permet de faire des trucs intéressants » confie Q. Dupieux dans une interview pour Canal+.

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On apprécie de retrouver Alain Chabat dans une prestation réussie en caméraman totalement paumé, ainsi que Jonathan Lambert en producteur tout bonnement insupportable, aux cotés d’une série d’acteurs interprétant tout aussi justement leurs personnages.

En signant cette nouvelle comédie franco-américaine sur le territoire outre-atlantique (aux environs de Los Angeles), Dupieux réaffirme une fois de plus avec son style si particulier, son intérêt pour la culture américaine des années 70.

A l’image de sa musique électronique et de ses compositions articulées autour du « grand n’importe quoi » (car en effet derrière le pseudonyme de Mr. Oizo c’est bel et bien Q. Dupieux qui se cache), Réalité nous propose une bonne dose de non-sens « loin des ficelles traditionnelles ».

I. I

Whiplash (2014)

C’est avec un casque sur les oreilles que je commence cette critique. Une playlist Youtube jazzy bien rythmée portée par un petit chef d’œuvre musical : Whiplash. Un titre assez évocateur pour moi, fan de Metallica, d’autant plus que cette chanson a plusieurs points communs avec son homonyme Whiplash, composée par le groupe de métal californien, et présent sur leur premier album Kill ‘Em All sorti en 1983.

W_afficheÉvidemment, comparer du métal et du jazz peut sembler chaotique, mais les deux titres dégagent la même puissance, la même violence, symbolisées par les paroles composée par James Hetfield, chanteur de Metallica (L’adrénaline monte en toi, Tu agis comme un cinglé, Whiplash), un message que passe également la version jazz, sans paroles cette fois.

Un message d’autodestruction, de folie qui résume assez bien l’histoire de ce film, celle d’un batteur de jazz, Andrew Neiman, prêt à tout pour rejoindre la Cour des Grands, celle des légendes du jazz.

Un personnage bien exploité dont le comportement et la santé mentale se dégrade de manière exponentielle, pour atteindre le seuil de la folie à la fin du film, au point de laisser plusieurs gouttes d’hémoglobines sur les toms et les cymbales de sa batterie.

Une autodestruction facilitée par son professeur de musique, Terence Fletcher, interprété par le génial J.K.Simmons, connu pour avoir joué Jonah Jameson dans Spider-Man ou encore le père de Juno dans le film du même nom, et récompensé d’un Oscar, celui du meilleur acteur secondaire, pour ce rôle de professeur trop autoritaire. C’est lui qui applique en quelque sorte le Whiplash (Coup du lapin en français) en harcelant, violentant, et en insultant l’intégralité de ses élèves. En les poussant à bout et en les humiliant de manière assez sadique, de manière verbale, voire physique par moment. Un personnage que l’on trouverait parfois attachant et amical tant l’interprétation de l’acteur américain est formidable.

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Des interprétations qui peuvent, néanmoins, paraître un peu clichés et dramatisés par moment comme l’affirme Benoît Parmentier dans une interview accordée au site internet Konbini (http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/jazz-konbini-whiplash-batteur/). Il critique notamment les blessures du batteur (« […] les mecs ne devraient pas se retrouver aux urgences ! C’est bien pour le film, mais en vrai ça n’existe pas. ») ou les soi-disant concurrences entre batteurs (« ça n’existe pas, […] Tout le monde est sur le même bateau, pas de guerre »). Une interview assez intéressante que je vous conseille vivement.

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Whiplash est donc un très bon film, scénaristiquement parlant, mais bizarrement plus sublimé par l’image que par le son, bien que le film est remporté à la fois l’Oscar du meilleur montage ET celui du meilleur mixage de son. En effet, ce dernier est parfois hasardeux, en témoigne la scène finale du film, qui, mieux exploitée, aurait pu être encore plus belle et plus prenante.

Un film qui mérite donc sa place de nominé dans la catégorie du meilleur film aux Oscars de cette année, avec un acteur (J.K Simmons) qui mérite celui du meilleur acteur dans un second rôle, mais malheureusement un peu raté au niveau du mixage sonore (bien que la bande originale soit très bonne), ce qui, néanmoins, n’empêchera pas la majorité d’entre vous d’apprécier le film.

A.

Hunger (2008)

H_1 Hunger est le premier des trois longs métrages réalisés par Steve McQueen, en 2008, qui lui aura notamment valu le prix de la Caméra d’or à Cannes. Le film montre de manière bouleversante le combat d’activistes de l’IRA (Irish Republican Army) voulant obtenir le statut de prisonniers politiques en Irlande du nord dans les années 80. Plus particulièrement, on observe la lutte ultime de Bobby Sands (joué par l’époustouflant Michael Fassbender), leader du mouvement, qui entame une grève de la faim. Pour un film très intense en émotions, Steve McQueen vient heurter le spectateur à travers un rendu très lent mais particulièrement violent.

Steve McQueen, très engagé, représente de manière parfaite le combat des détenus qui luttent pour leurs convictions. L’insalubrité qui est observée de manière récurrente et intense accentue la volonté des détenus, qui évoluent dans la crasse qu’ils entrainent. Sur les murs, sur leur corps, et même en dehors de la cellule : ils font tout pour contester. De manière complètement folle, le réalisateur nous garde en attention avec un plan séquence en caméra fixe de 17 min, ou deux avis s’opposent à travers un dialogue perturbant sur la marche à suivre. 17 min où seul le dialogue domine, et la fumée de cigarette faisant des va et vient en guise de seul mouvement.

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Un effet de lenteur extrême est donné dans ce long métrage, et ceci impose une tension et une intensité parfaite. Steve Mc Queen fait passer énormément de sentiments avec un plan très lent, un dialogue quasi inexistant, ou bien encore une attitude très figée d’un personnage. A ce sujet le talent de Michael Fassbender est indéniable, tout comme celui de Stuart Graham, qui fixe son regard vide dans des plans très esthétiques.

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Paradoxalement, Steve McQueen nous présente de manière très virulente la situation exposée. Dès le début, nous sommes plongés dans une ambiance particulièrement tendue qui monte en puissance pendant la mise en contexte de l’histoire. L’arrêt total du son à l’apparition du titre sur fond noir provoque un certain choc chez le spectateur, toute l’attention est d’ores et déjà aspirée de manière stupéfiante. Tout est choc : l’opposition entre l’hygiène de vie des détenus et celles de leurs « bourreaux », la violence physique omniprésente chez tous les personnages, la violence et la souffrance morale présentent des deux côtés…

En résumé : film à voir. Poignant et incroyablement captivant, horrible parce qu’il nous fait ressentir tout ce que l’autre ressent derrière la caméra. Magnifique, parce que la violence montrée est parfaitement représentée. Bref, bon film !

M. Fagniard